Je vais vous dire un truc la famille et qui va peut être en énerver certains : le problème du gaming africain c'est pas le financement. Enfin, pas seulement.
Y'a des incubateurs tech qui poussent à Nairobi, Lagos, Dakar. Y'a des fonds d'investissement qui cherchent activement des projets africains depuis quelques années. Y'a des développeurs brillants sur ce continent des gens qui codent des trucs sérieux, qui participent à des game jams internationaux, qui finissent dans le top des classements.
Et pourtant. Aucun studio africain n'a encore sorti un jeu qui a fait le tour du monde. Alors qu'est-ce qui se passe vraiment ?
On fait des jeux pour prouver qu'on peut, pas pour raconter quelque chose
La plupart des jeux africains que j'ai vu ces dernières années font le même truc : ils prennent un genre existant platformer, RPG, mobile casual et ils y collent une esthétique africaine. Des masques, des tissus wax, des savanes, des personnages aux traits subsahariens etc.
C'est bien beau hein voire nécessaire même. Mais c'est pas suffisant.
Les jeux qui ont marqué l'histoire du gaming comme Dark Souls, The Last of Us, Undertale (pour ne citer qu'eux) c'est pas leur esthétique qui les a rendus mémorables. C'est ce qu'ils avaient à dire. La question que t'es obligé de te poser après les avoir finis. L'émotion qui reste.
Un jeu africain qui va changer les choses, ça va pas arriver parce qu'il a des décors qui ressemblent à Bamako. Ça va arriver parce qu'il va raconter quelque chose d'universel à travers un prisme qu'on n'avait jamais vu.
Aurion : Legacy of the Kori-Odan a fait un petit pas dans cette direction. Le studio camerounais Kiro'o Games a construit quelque chose avec une identité narrative réelle. C'est imparfait techniquement et visuellement certes, mais y'a quelque chose dedans qui existe nulle part ailleurs. C'est exactement ça qu'il faut amplifier.
L'écosystème est fragmenté
Un studio de jeu ça se construit pas seul. Faut des game designers, des développeurs, des artistes 3D, des compositeurs, des sound designers, des testeurs, des producteurs. Et il faut que ces gens puissent se retrouver, collaborer, se former ensemble.
En Europe ou aux États-Unis, cet écosystème existe depuis 40 ans. Y'a des écoles spécialisées, des conférences, des studios indépendants qui ont survécu assez longtemps pour former une nouvelle génération.
En Afrique, ces réseaux existent mais ils sont éparpillés. Un développeur à Abidjan et un game designer à Accra ne se connaissent probablement pas. Y'a pas encore de rendez-vous annuel qui rassemble toute la scène. Y'a pas de lieu commun.
Ça se construit. Lentement. Mais c'est le vrai chantier.
On se cible pas nous-mêmes et c'est une erreur stratégique énorme
Beaucoup de devs africains font des jeux en pensant au marché occidental. Le raisonnement est logique : c'est là où l'argent est, c'est là où les plateformes regardent.
Mais c'est aussi là où la concurrence est la plus féroce et là où vous partez avec le plus de désavantages.
Le marché africain du gaming, lui, est sous-servi. Des centaines de millions de joueurs sur mobile, une classe moyenne qui grandit, une culture orale et narrative incroyablement riche à explorer. Et très peu de jeux pensés pour eux, par des gens qui comprennent leur réalité.
Le premier studio qui va vraiment s'adresser à ce marché-là — avec un jeu premium, une vraie narration, une distribution adaptée — va avoir un avantage que personne d'autre n'aura.
Ce que j'attends perso...
J'attends le studio africain qui va arrêter d'essayer de ressembler à ce qui existe et qui va construire ce qui n'existe pas encore.
Pas un clone de Zelda avec des motifs kente. Quelque chose qui utilise la structure des griots pour raconter une histoire non-linéaire. Quelque chose qui intègre la mécanique du "ubuntu" dans son système de jeu. Quelque chose qui fait que quand tu joues, tu sens que ça pouvait venir que d'ici.
Ça va arriver un jour j'en doute pas. La question c'est juste : qui va être le premier ?
Si tu connais un studio ou un dev africain qui est en train de faire quelque chose de sérieux, lâche-le en commentaire. Pour ma part, j'ai que le studio Asaman en tête basé à Dakar...